Le tabac pour soigner le cancer

Thérapie ciblée - cancers du sang et cancers solides

Début du projet 2018 Somme allouée 695 000,00 €

La Fondation Fournier-Majoie a sélectionné en 2018 un projet présenté par le Dr Bertrand Magy, CEO de la start-up atb therapeutics basée près de Marche-en-Famenne (B), qui a pour ambition de concevoir une nouvelle classe de médicaments contre le cancer à partir de plantes.

Tout est parti du constat qu’il manquait dans l’arsenal thérapeutique du cancer une molécule de thérapie ciblée qui soit à la fois beaucoup plus puissante et beaucoup moins toxique.

L’idée de cette molécule a été couchée sur papier et présentée auprès de quelques acteurs du marché. Ils l’ont trouvé intéressante mais … était-elle réalisable ? Bertrand Magy, Max Houry et Ludwig Camusot ont élaboré un business plan et défini – planifié – budgété les étapes nécessaires pour arriver à démontrer ce concept.

C’est à ce moment que la Fondation Fournier-Majoie est venue appuyer le projet, avec d’autres investisseurs (tel que des Business Angels, Noshaq, Financière Spin Off Luxembourgeoise et Invest Sud) et a choisi de soutenir atb Therapeutics. 475.000 EUR ont été alloués à cet ambitieux projet auxquels sont venus s’ajouter 220.000 EUR.

 

Comment fonctionnent les thérapies ciblées
Contrairement aux chimiothérapies qui agissent un peu comme une bombe atomique, ne distinguant pas bien les mauvaises et les bonnes cellules, les thérapies ciblées visent les cellules cancéreuses avec un maximum de précision.

Ces thérapies consistent soit à altérer le fonctionnement des cellules cancéreuses, soit à leur administrer un principe actif (un agent chimio thérapeutique, une toxine ou un élément radioactif) pour les détruire.

Comme chaque cellule, les cellules cancéreuses fabriquent des protéines pour générer certaines actions (se diviser pour grandir, créer de nouveaux vaisseaux sanguins, bloquer la mort programmée de la cellule). A la surface des cellules cancéreuses, ces protéines forment des récepteurs qui deviennent la cible visée.

Tel un missile à tête chercheuse, on utilise des ADC (Antibody Drug Conjugate) pour atteindre la cible.  Ils se composent de 3 parties : une tête chercheuse (l’anticorps monoclonal) à laquelle on raccroche avec un lien (appelé linker) un principe actif (appelé payload).

Une fois injecté dans le corps, l’anticorps va chercher sa cible et se fixer très précisément sur le récepteur visé. La cellule va réagir et l’absorber entièrement (endocytose). C’est alors que le principe actif est libéré pour détruire ou altérer la cellule cancéreuse.

C’est ce qu’atb therapeutics souhaite améliorer.

 

La production du missile ADC est difficile
Le processus pour produire des anticorps conjugués (ADC) contre le cancer est particulièrement complexe et doit répondre à trois problématiques : la spécificité/sélectivité de l’anticorps – la solidité du lien – la quantité d’agent toxique administrée.

Tout comme une serrure de haute sécurité, chaque cible a des caractéristiques uniques qui imposent à la tête chercheuse (anticorps) d’avoir la bonne clé.

Le lien (linker) entre la tête chercheuse et le chargement doit être solide, afin d’assurer que le chargement ne soit pas lâché avant d’être entré dans la cellule cancéreuse.

Enfin, les risques d’intolérance sont proportionnels à la nature et à la quantité de produit actif libéré au mauvais endroit.

 

Une solution innovante : les atbodies (Antibodies Toxines Bioengineered)
Dans ce projet, les composants du missile sont produits d’un bloc, en une seule étape, par une plante.

Les atbodies présentent 4 avantages significatifs :

Plus solides
Ils sont un tout-en-un (contrairement aux ADC qui sont composées de plusieurs parties jointes) et présentent dès lors une réelle solidité.
Beaucoup plus puissants
Les toxines protéiques produites sont beaucoup plus concentrées que les agents chimiques. De ce fait il faudrait en administrer moins pour obtenir l’efficacité thérapeutique recherchée.
Beaucoup moins toxiques
Étant un tout-en-un, l’atbody ne risque pas de perdre son chargement entre le point d’injection et les cellules cancéreuses. Grâce à cela, il diminuerait drastiquement les effets secondaires.
Plus rapidement produit
La maîtrise de la technologie permet de générer les atbodies en 2x moins de temps que les ADC traditionnels.

 

Et le tabac dans tout ça ?
L’usine fabriquant les atbodies est une plante dérivée du tabac. On injecte dans ses feuilles des bactéries qui portent le descriptif (code ADN) du véhicule à produire. Cette plante répond parfaitement à la commande et réalise le véhicule tout-en-un demandé.

 

Où en est ce projet ?
Plusieurs atbodies ont été testés et entrent dans la phase finale de sélection du candidat médicament : quel atbody pour quelles pathologies. Le procédé de production est maîtrisé. Pour que l’atbody puisse être administré à l’homme, il reste plusieurs étapes qui demandent des investissements substantiels  et sont soumises à une réglementation stricte. L’objectif est d’entrer en phase clinique en 2023.

 

Quels cancers pourraient être soignés ?
atb therapeutics a choisi de commencer par le cancer du sang (par exemple : le lymphome non-hodgkinien*). D’autres combinaisons sont en cours de développement pour traiter des tumeurs solides.

* le lymphome non-hodgkinien touche plus de 540.000 personnes et cause près de 260.000 décès chaque année dans le monde

 

atb therapeutics en quelques chiffres : 2018 – 15 – 4 – 30
Fondée en 2018, employant aujourd’hui 15 personnes, 4 brevets déposés, 30 millions EUR représentant la prochaine étape de financement recherché.